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La vendetta en Corse…

Du latin « vindex » : répondant, vengeur, …

Définition du Larousse : Dans certaines régions méditerranéennes (Corse, Sardaigne, Sicile), poursuite de la vengeance d'une offense ou d'un

meurtre, qui se transmet à tous les parents de la victime.

 

Vendetta : état d'inimitié, d'hostilité, consécutif à une injure ou à un meurtre, entre deux familles, deux clans.

Bref, « le sang appelle le sang ! ».

 

Synonymes : représailles, revanche, vengeance

 

Esprit de vendetta.

« Puisque vous connaissez les Corses, vous devez savoir comment ils tiennent leur parole (...).

À partir de ce moment je vous déclare la vendetta ; ainsi, tenez-vous bien, et gardez-vous de votre mieux; car la première fois que nous nous trouverons face à face, c'est que votre dernière heure sera venue » (Alexandre Dumas, Monte-Cristo, t. 1, 1846).

 

Vengeance d'une injure ou d'un meurtre par le meurtre, qui se transmet de génération en génération dans les familles et dans les clans.

 

Sénèque, écrivain et philosophe, contraint de séjourner à Alalia (Aleria) entre 41 et 48 apr. J-C où il fut exilé disait déjà :

« Se venger est la première loi des Corses »

 

Pourquoi la vendetta ?

La forte organisation des familles qui constituent un clan, la nécessité de se défendre soi-même contre les invasions fréquentes venues par mer, la politique génoise qui divisait pour régner, contribuèrent à l'établir.

 

Les causes de la vendetta

Le père franciscain Alphonse Duval, administrateur de la paroisse d'Ocana, village de la région d'Ajaccio, de 1942 à 1945, livre son analyse d'historien :

- le Corse est vif, nerveux, irritable, parfois violent. Donc il est moins capable de réfréner les impulsions qui l'envahissent. Ainsi la nature corse est un terrain propice à la vendetta. Pour preuve : jamais il n'y eut de vendetta dans le Cap Corse où habite une race paisible de marins et de commerçants. Par contre, dans les pays de Guagno, de Palneca, du Fiumorbu où les habitants sont plus irritables, la vendetta était plus fréquente ;

- c'est le point d'honneur qui dominait la vendetta. Le Corse de jadis se faisait une idée sacrée de l'honneur, une autre religion qu'il plaçait sur le même plan que le culte de Dieu, et même plus haut, ce qui lui faisait oublier le précepte divin : "tu ne tueras pas".

Ainsi poussé par son diabolique point d'honneur, le Corse ne pouvait supporter une injure à sa personne ou à sa famille. Un mot qui sonnait mal faisait sortir les stylets et les pistolets. Ainsi la vengeance devenait sacrée ;

- enfin et surtout, la justice était défectueuse. Pendant plus de quatre siècles la Corse était sous la domination génoise.

Or, déchirée elle-même par des factions, la Sérénissime république était devenue incapable d'établir une justice exacte sur son proche territoire, à plus forte raison d'établir la paix et la justice dans un pays qu'elle ne cessa jamais d'opprimer.

Souvent, les représentants des Génois remplaçaient la loi par le caprice et l'arbitraire, et la justice par la fantaisie.

 

La vendetta était soumise à des règles

• Un véritable conseil de famille était appelé à décider si l'offense reçue pouvait y donner lieu. 

• La famille de l'offenseur était avertie avec une certaine solennité. 

• Comme moyen de vengeance, elle excluait le vol.

Les « bandits d'honneur », c'est à dire les hommes qui, après la satisfaction d'une vendetta «prenaient le maquis » (à ne pas confondre avec les vulgaires assassins vivant de pillage et de racket), étaient aidés, nourris et soutenus par le clan pour échapper à la loi.

Les maisons des familles en inimitié étaient de véritables forteresses dans la muraille desquelles étaient aménagées des meurtrières.

Souvent les maisons renfermaient un four et un puits afin d'être en état de soutenir un siège.

Les portes et les fenêtres étaient hermétiquement fermées.

Des gens restaient enfermés des mois et des années dans leur maison.

 

« Un homme qui avait à se déplacer d'une commune à une autre rédigeait son testament, se faisait suivre et précéder d'une troupe de parents armés qui éclairaient la route, et les maisons étaient transformées en autant de forteresses. »

 

Dans les communautés villageoises, pour régler un différent ou mettre fin à une vendetta, on s'en remettait aux « Paceri ».

Dans ce mot, on retrouve celui de « Pace » qui en Corse veut dire « Paix ».

Réputés pour leur sagesse, ces hommes auxquels on avait recours pouvaient donc être désignés comme ceux qui apportent la paix. Souvent, grâce à leur habileté et à leur autorité, ils faisaient taire rancunes et fusils.

Jusqu'à la fin du siècle, pour arrêter l'enchaînement de violence qui opposait deux familles, il arrivait que, dans la manière d'exercer leur arbitrage, les paceri aient recours à des moyens dont l'efficacité résidait dans leur caractère paradoxal :

un de ceux-là, consistait à obtenir une réconciliation par un mariage entre un garçon et une fille choisis dans l'une et l'autre communauté.

Ce genre d'intervention se produisait seulement dans des situations extrêmes au cours desquelles les paceri déployaient des trésors de diplomatie entre les belligérants. Si leur démarche n'était pas du domaine du rationnel, leur succès tendait à démontrer qu'elle ne participait pas moins d'une logique perdue et par laquelle il était admis qu'unir le sang de deux familles ennemies effaçait les dettes de sang versé.

 

Entre 1682 et 1714, il y eut vingt-huit mille meurtres ! Pour une population estimée à entre 120 000 et 130 000 âmes…

Si on admet ces données, il faut admettre que pendant cette période presque toutes les familles insulaires ont participé de cette violence ou ont eu à la subir.

 

Les gouverneurs Génois exigeaient des commissaires et des lieutenants un compte rendu détaillé des meurtres commis dans leur circonscription. Ces rapports établis tous les deux ans (les gouverneurs étaient nommés pour deux ans), remontaient des différentes provinces de la Corse. Ils se limitent à dénombrer les meurtres en les répartissant en trois ou quatre rubriques :

- ceux qui ont été commis intentionnellement (dolosi) ou dans le cadre de vendetta transversales,

- ceux qui sont survenus lors de rixes (rissosi),

- ceux qui concernent des bandits ou bannis éliminés (banditi estinti)

- et enfin les décès accidentels (casuali) qui sont apparemment assimilés à des morts violentes et donc soumis à un contrôle judiciaire.

Il est vraisemblable que les autorités génoises ont volontairement grossi les chiffres pour frapper l’opinion et lui faire plus facilement accepter l’interdiction des armes à feu (l’administration génoise avait tardivement pris conscience que la prolifération des armes à feu aggravait la criminalité).

L’identité des meurtriers est presque toujours connue, mais le jugement par contumace était devenu un expédient utilisé de manière quasi systématique par des autorités judiciaires incapables de se saisir de coupables qui, aussitôt leur délit commis, se réfugiaient dans le maquis où ils pouvaient tenir pendant des mois, et bien plus longtemps encore, avec l’aide et la complicité de leurs familles. On parle alors de « bandits d'honneur »… celà est dû à la faiblesse des effectifs de police dans l’Île (de 159 hommes et dans la meilleure des hypothèses à 180 pour toute la Corse).

La pratique de « l’indulto », pardon général, permettait de purger périodiquement les campagnes des bannis et des bandits, et de les diriger munis de sauf-conduits délivrés par le gouverneur, vers les armées génoises, ou vers d’autres contrées du continent.

Puis, passé quelque temps loin de leur village, ils pouvaient revenir en toute impunité, après avoir obtenu le pardon de leurs adversaires.

Et donc le cycle de la violence était constamment entretenu !

 

Le Corse ne connaît pas la demi-mesure. «Le sang n’est pas de l’eau», affirme-t-il volontiers.

« Il Corso non per­dona mai ne vivo ne morio. » («Le Corse ne par­donne, ni de son vivant, ni après sa mort.»)

Après un assassinat, les parents de la victime mettent tout en œuvre pour rendre inéluctable la vengeance.

José Giovanni, écrivain et metteur en scène de cinéma, a défini la vendetta mieux que quiconque :

« Cette préméditation morale, cette croix tracée à l’avance sur la vie d’un homme, cette recherche tenace de celui qui doit mourir, ce seul but qui deviendra un cadavre, ce désir de tuer qui chasse le sommeil, cet enfer que vivent en commun les adversaires multiples : c’est la vendetta.

C’est aussi l’heure qui sonnera pour ceux qui attendent d’en­trer en lice. Ils attendent de savoir lequel survivra au dernier combat. Car ce survivant doit mourir. Et son geste de la veille a désigné un nouveau tueur. Et lui, ce survivant, il savait qu’en réussissant à tuer, il n’avait pas vaincu. Il s’inscrivait simple­ment dans le lot du gibier. Dans une vendetta, ce­lui que l’on cherche est un homme perdu. Le simple fait d’être traqué le diminue. Il est bien rare qu’il parvienne à vendre sa peau. On dirait presque qu’il accepte sa fin. Le tragique habite la Corse. L’austérité de ses paysages a toujours accueilli le fruit des armes. La mer l’encercle et semble assister depuis des siècles aux mêmes démarches de ca­ractère, aux mêmes indignations, à la même gran­diose gratuité dans la violence, aux mêmes dou­loureuses démonstrations dans les veillées mor­tuaires.»

La Vendetta dans la littérature

 

Tout le monde a lu ou vu l'un des 10 films (ci-contre, image du film de Laurent Jaoui)  inspirés par « Colomba » la nouvelle de Prosper Mérimée, publiée en 1840.

Colomba a pour thème la vendetta, guerre privée de vengeance entre familles qui se « faisaient elles-mêmes justice », et dans le cadre de laquelle la famille dont un membre avait été offensé se devait d’exercer sa vengeance contre la famille de l’offenseur. 

 

Avec Colomba, la France, puis l’Europe lettrée, découvrent la vendetta corse, jusque-là ignorée.

Et, au fil des décennies suivantes, la curiosité, tan­tôt complaisante, tantôt indignée, va se porter sur les mœurs violentes de la Corse vengeresse.

 

Dans Colomba, il y a une opposition politique entre conservateurs royalistes et bonapartistes, dont l'enjeux est le pouvoir sur le village au travers de la mairie, par exemple. (voir la page sur la vraie Colomba)

 

Balzac écrit en 1830 un récit intitulé « La Vendetta ». L'histoire se déroule uniquement à Paris, ce qui exclut la description des paysages de la Corse. Il est consacré autant à Napoléon qu'à la vengeance familiale. Il raconte l'histoire d'une famille qui quitte l'île à la suite d'une vendetta ; malgré une apparente réconciliation,  mais l'autre famille assassine leur fils, et brûlent la maison familiale et la vigne.

 

Une vendetta, une nouvelle de Guy de Maupassant publiée en 1884.

L'action se déroule en Corse et en Sardaigne et raconte l’histoire d’une femme décidée à venger son fils tué d’un coup de couteau.

À Bonifacio une mère perd son fils unique, Antoine, tué d'un coup de couteau, à la suite d'une dispute.

Le meurtrier s'enfuit en Sardaigne, de l'autre côté des Bouches de Bonifacio, dans un village sarde « où se réfugient les bandits corses traqués de trop près. Ils peuplent presque seuls ce hameau en face des côtes de leur patrie en attendant là le moment de revenir et de retourner au maquis ».

La mère devant le cadavre de son enfant lui promet la vendetta en déclarant : « Va, va, mon garçon, mon pauvre enfant ; dors, dors, tu seras vengé entends-tu ? C'est ta mère qui te le promet. »

 

En 1749, dans son Histoire de l'Isle de Corse, Goury de Champgrand, officier français, fait une succinte description de la vendetta :

« il n'est même pas aisé de s'imaginer jusqu'à quel degré ils (les corses !) portent le désir de vengeance, le sang seul peut l'éteindre […] Lorsqu'un père a été tué par un autre, s'il laisse des enfants au berceau, la mère leur fait sucer avec le lait le désir de la vengeance, elle conserve même, quand elle peut l'avoir, la chemise ensanglantée […]

Non siete huomo se voi non ne fate la vendetta,

ce qui veut dire : Vous ne méritez pas le nom d'homme si vous n'en tirez pas raison et vengeance. »

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