Le BLOG d'Alain Royer

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Décès de Jean d'Ormesson, mort d'un immortel !

Un grand-père facécieux, plus il vieillissait, plus il était charmant et charmeur, avec son œil si bleu et son air à jamais espiègle. 

 Jean Bruno Wladimir François de Paule Le Fèvre d'Ormesson 

 

HOMMAGES

 

Emmanuel Macron : Il était le meilleur de l'esprit français, un mélange unique d'intelligence, d'élégance et de malice, un prince des lettres sachant ne jamais se prendre au sérieux. L'œil, le sourire, les mots de Jean d'Ormesson nous manquent déjà.

François Hollande : un grand écrivain. Il feignait d'en douter pour mieux relever le défi qu'il s'était lancé à lui-même, en découvrant les auteurs les plus illustres, ceux de la Pléiade où il fut fier d'être accueilli.  Il vivait la politique avec gourmandise. Homme de droite, il cherchait à séduire la gauche par sa culture, son esprit et sa subtilité. Il voulait être aimé, et il y parvenait.

Françoise Nyssen, la ministre de la Culture,  a salué un homme qui « aimait jouer avec les mots et partager sa vision du monde avec humour, Il va profondément nous manquer »

Jack Lang : Encore hier, avec des amis, nous parlions de lui. C'était une personne qui, malgré l'âge, est resté vif, élégant, combatif. Il continuait à écrire, à être. Indépendamment de son œuvre littéraire et de ses combats journalistiques, il est un exemple pour nous tous. Il était un gourmand de la vie. Il en parlait avec des mots savoureux et sensuels, merveilleusement choisis. Quand on l'entendait, on le lisait, on se sentait toujours plus optimiste. C'est un exemple merveilleux pour tous ceux qui sont enclins à se plaindre de tout, à s'enfoncer dans la tristesse.

Frédéric Mitterrand : C'est un pan de la littérature française qui disparaît. Il a fait pour la lecture en France un travail fantastique. Il l'a rendue proche. Il donnait envie de lire même à des gens qui ne lisaient pas. C'est un magnifique héritage qu'il nous laisse. C'est une très grande perte.

Bernard Pivot : Il était de droite mais il était admiré par les gens de gauche. Alors il a révolutionné quelque chose, lui, le conservateur. Oui, c'est l'Académie française, car c'est lui qui a fait rentrer la première femme à l'Académie française, Marguerite Yourcenar, c'est lui. Vraiment il a insisté, il a tout fait pour qu'elle entre. Il y avait des oppositions féroces contre lui… Il y est arrivé avec subtilité, avec un art de la diplomatie probablement hérité de ses ancêtres...

François Busnel : il représente la bienveillance, ce regard que l'aîné porte sur le cadet, surtout quand ce cadet est un peu perdu, l'autodérision était sa grande marque de fabrique. Il disait: je suis devenu un écrivain, mais je suis surtout devenu une marque, une sorte de Schweppes culturel.

Franz-Olivier Giesbert : Il avait une forte capacité d'admiration, ce qui ne l'empêchait pas d'être vraiment moqueur qui maniait l'ironie, à la fois de culture extrême, parfois ça tournait vite à un concours de citations, mais qui avait une curiosité au monde, il s'intéressait à tout. On l'a trop enfermé dans la politique. C'était quelqu'un qui avait réussi à devenir l'incarnation de l'esprit français.

Bernard Henri Levy : Je me souviens qu'à l'occasion de la remise à Jean d'Ormesson du prix Scopus de l'Université hébraïque de Jérusalem, en avril 2013, je lui avais souhaité de vivre 120 ans. C'est ainsi que les maîtres du Talmud se félicitent, entre eux, d'une belle et riche vie qui ne mérite que de continuer d'être.

Jean-Loup Dabadie : Je l'avais connu bien avant de rêver à l'Académie Française… Je pense que c'est un peu de la jeunesse française qui s'est envolée… Il était d'une gaieté, d'une juvénilité, d'une agilité jusqu'au bout. Ma mémoire est arpentée par ce personnage, d'un feu. C'était un feu follet. … Il était en séance à l'Académie une mine d'or de citations… Il était un littéraire souple et rapide. C'était un homme pressé comme on les aime. Il prenait son temps pour les autres.

Jean-Christophe Ruffin : Je suis très triste. Jean m'avait beaucoup soutenu à l'Académie, j'en parlais justement la semaine dernière à sa fille: j'ai appris l'éloquence de ton père. Il s'exprimait avec une vraie et constante élégance. Il était capable d'immense engagement. Il était aussi capable d'une colère froide. Il faut se souvenir de la façon dont il s'était mobilisé pour la féminisation de l'Académie pour l'entrée de Marguerite Yourcenar. Et en même temps, il avait cette espèce de charme constant dans la vie courante. Il incarnait l'Académie à lui tout seul, il en était devenu une espèce de symbole

Héloïse d’Ormesson, sa fille : Il a toujours dit qu’il partirait sans avoir tout dit et c’est aujourd’hui. Il nous laisse de merveilleux livres

 

 

En savoir davantage sur Jean d'Ormesson  

« La grande affaire de ma vie a été l’amour. J'ose à peine vous dire à quel point j'ai connu les femmes »

Dans son livre de souvenirs paru en janvier 2016, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, il se confie sur ses rapports douloureux avec son père. « Il y a bien quelqu’un qui a foutu la merde dans la famille c’est moi et évidemment mon père est mort persuadé que j’étais un voyou, un bon à rien, que j’étais perdu et c’était une déchirure pour moi. Je suis sûr que si je suis rentré à l’académie, si je me suis marié, si j’ai été directeur du Figaro, c’est pour dire à mon père : « Tu vois ces institutions je suis venu à bout d’elles »

 

Chez Marc-Olivier Fogiel, il décrit un père intransigeant. Cet homme était incroyablement réactionnaire pour les mœurs. Quand j’avais 19 ou 20 ans - j’étais peut-être déjà normalien, sur le point d’être agrégé -, si le téléphone sonnait, je me précipitais pour décrocher car, si c’était lui et qu’il entendait une voix de femme me réclamant, il répondait toujours : "Qu’est-ce que vous lui voulez encore ?" Son but était de m’empêcher de m’amuser pour travailler ». Il explique avoir connu une crise d'adolescence tardive. « J’ai été odieux avec mon père vieillissant, je devais tenter, j’imagine, de me libérer coûte que coûte du poids que sa douceur écrasante faisait peser sur moi », confie-t-il très ému.

 

A Gala en 2015, il dit :  j'ai connu les femmes tardivement. Ça m’est venu à 21 ans et, à partir de là, ça a eu des conséquences désastreuses, je crois que ce qu’elles ont préféré chez moi, c’est me quitter. J’ai été beaucoup quitté et j’ai aussi été énormément séduit par des femmes. Pendant longtemps, hélas, parce que je ne me montrais pas assez attentif envers elles, j’ai roulé de chagrin d’amour en chagrin d’amour. J'ai même volé l’épouse espagnole de mon cousin (le compositeur Antoine d’Ormesson), avant de la quitter. Un désastre !

 

 A RTL, il raconte : j'ai fait mon service militaire chez les paras. On sautait par la porte et naturellement on sautait dans le vide. C'est compliqué. On saute par stick, un stick c'est 12 ou 15 types et chacun pousse celui qui est devant. Et moi, moitié par amitié, moitié par ironie parce que j'étais un intellectuel, ils m'ont dit : Toi, on ne te poussera pas. Tu sauteras si tu veux. Et je me suis dit : Si tu ne sautes pas, tu es déshonoré et j'ai sauté. Sauter en parachute, c'est très très amusant.

Une réflexion de Jean d'Ormesson :

« Vous savez quoi ? Tout change. Le climat, à ce qu'on dit. Ou la taille des jeunes gens. Les régimes, les frontières, les monnaies, les vêtements, les idées et les mœurs. Une rumeur court : le livre se meurt. Voilà près de trois mille ans que les livres nous font vivre. Il paraît que c'est fini. Il va y avoir autre chose.  »

 

Extrait de: Jean D'Ormesson. « Un jour je m'en irai, sans en avoir tout dit. »

 

Biographie simplifiée

Jean d’Ormesson (parfois surnommé Jean d’O), né le 16 juin 1925 à Paris et mort le 5 décembre 2017 à Neuilly-sur-Seine est un écrivain, journaliste et philosophe français. Auteur d'une quarantaine d'ouvrages, allant de grandes fresques historiques imaginaires (La Gloire de l'Empire, 1971) aux essais philosophiques dans lesquels il partage ses réflexions sur la vie, la mort ou l'existence de Dieu (Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, 2016).

Écrivain prolifique et collaborateur du Figaro, il devient membre de l’Académie française en 1973.

Il passe son enfance au château de Saint-Fargeau, propriété de sa mère, épisode qu'il évoque dans Au plaisir de Dieu.

Il obtient son baccalauréat en 1943, après un premier échec. Il entre en hypokhâgne au lycée Henri-IV, puis intègre à 19 ans l'École normale supérieure. Agrégation de philosophie, en 1949. Ce qui lui permet de donner quelques cours de grec classique et de philosophie.

En 1956, il publie son premier roman L'amour est un plaisir, qui se vend mal (seulement 2 000 exemplaires). Il connaît son premier succès  public en 1971 avec le roman La Gloire de l'Empire (100 000 exemplaires vendus) pour lequel il reçoit le grand prix du roman de l'Académie française.

Le 18 octobre 1973, Il est élu à l'Académie française, au fauteuil 12, succédant à Jules Romains (mort l'année précédente). C'est alors  le benjamin de l'Académie française.

En 1980, Il fait campagne pour défendre la réception sous la coupole de Marguerite Yourcenar, la première femme admise à l'Académie. Puis Simone Veil en 2010.

 

En 2003, l'académicien et son épouse Françoise sont soupçonnés d'avoir dissimulé 16 millions d'euros à l'administration fiscale française, mais le non-respect de procédures d'entraide judiciaire internationale provoque l'interruption des contrôles !

 

En 2013, il évoque son cancer de la vessie qui lui a valu huit mois d'hospitalisation. Il déclare, une fois remis : « J’avais une chance sur cinq de m’en sortir », ajoutant « le cancer a rayé une année de ma vie ! »

J’ai très peu profité de ma jeunesse. J’avais des parents si merveilleux que c’en était un peu dégoû­tant. Les bons senti­ments coulaient à flot. Il y avait peu de désordre dans ma famille. Et c’est moi qui l’ai mis. J’étais éduqué de façon libé­rale mais très stricte. Côté mœurs, mon père était très conser­va­teur. C’était un genre de jansé­niste.

 

Longtemps, j'ai été jeune. J'ai eu de la chance. J'avais un père et une mère, un frère, une gouvernante allemande qui s'appelait Fräulein Heller et que j'appelais Lala. Et, comme dans les romans de la comtesse de Ségur, Les Petites Filles modèles ou Les Vacances, nous nous aimions tous beaucoup. Les bons sentiments coulaient à flots autour de nous.

J'adorais Lala qui était très sévère,  je la trouvais très belle et elle me donnait des fessées avec une brosse à cheveux.

Extrait de : Jean D'Ormesson. « Un jour je m'en irai, sans en avoir tout dit. »